poirot
21 May 2008, 13:00
Source de l'article (http://www.aviso.ci/articleid.php?id=45485)
Cybercriminalite : Le DG de la police scientifique avertit : « Nous allons traquer les cybercriminels et leurs complices »
2008-05-21 05:18:46 - L'Inter
Son rôle, fournir des preuves irréfutables, à partir de données scientifiques, aux différents démembrements de la police nationale, notamment à la police économique, criminelle, etc.
En sus, elle sera chargée d’authentifier les voix, les empreintes digitales, les faux cachets et les fausses signatures, bref les faux documents pouvant servir dans le cadre d’une transaction sérieuse. Le directeur général de cette nouvelle unité de police, le commissaire divisionnaire Roger Godrin, donne, dans cette interview, un avant-goût de la traque contre les cybercriminels et leurs complices qu’il entend engager.
M le Directeur, à quoi sert la police scientifique que vous dirigez
Godrin Roger (G.R) : La direction de la police nationale est subdivisée en trois sous-directions générales adjointes. Il y a un directeur général adjoint chargé de la sécurité publique, qui se charge de gérer les commissariats et tous ceux qui sont habillés ; la direction générale adjointe chargée de la police judiciaire qui a sous sa coupole : la direction de la police économique, la direction de la police criminelle, la direction des stupéfiants ; et tous ceux-là ont besoin de supports, de preuves au terme de leurs enquêtes. Et ces preuves leur sont fournies par la direction générale adjointe chargée de la police scientifique que je dirige aujourd’hui.
Que faites-vous dans le domaine de la lutte contre la cybercriminalité ?
G.R : Notre rôle consiste à traquer les cybercriminels, c’est-à-dire tous ceux qui utilisent les systèmes d’information et l’informatique à des fins criminelles. Nous sommes chargés, à travers les moyens mis à notre disposition, de trouver les preuves de leur implication dans tous les faits qui leur seront reprochés.
Peut-on savoir aujourd’hui ce qu’est la cybercriminalité ?
G.R : La cybercriminalité est l’ensemble des crimes commis par des personnes qui utilisent comme support l’outil informatique et l’Internet. On a des crimes dits traditionnels qui se manifestent par des escroqueries à un niveau réduit sur le net ; et des crimes dits modernes qui se manifestent par exemple par l’usage d’une carte magnétique volée pour des achats en ligne. Comme le signifient les experts du domaine, il y a deux aspects dans le domaine de la cybercriminalité. C’est tout ce qui est crime contre les systèmes d’information et toutes sortes de crimes commis par l’utilisation des systèmes d’information. Nous avons la pornographie, les achats en ligne avec des cartes magnétiques volées, des chèques ; c’est l’usage de faux documents à des fins malhonnêtes sur Internet, la propagation des vers informatiques etc.. . Quelles sont les structures chargées, à la police scientifique, de traquer les cybercriminels ? G.R : C’est maintenant que nous les mettons en place. Cela ne saurait tarder et l’opinion sera informée en temps opportun. Vous savez, notre structure est une création récente. Elle existe depuis juillet-août 2007. C’est maintenant que nous sommes en train de mettre en place des structures pour lutter contre la cybercriminalité. Il y a une direction de l’informatique et des traces technologiques. C’est elle qui va mettre en place tout l’arsenal technologique et technique pour appuyer la police économique et la police criminelle.
Pendant ce temps, le mal perdure et les victimes s’accroissent ?
G.R : Il n’est pas encore tard. C’est justement à cause de la gravité de la situation que le gouvernement ivoirien a décidé de prendre le taureau par les cornes. Il y a des pays qui n’ont même pas encore commencé à faire ce qu’on est en train de faire ! Nous déjà, on a créé une structure qui va commencer à travailler.
Comment entendez-vous vous y prendre ?
G.R : C’est difficile de vous le dire. D’abord il faut cerner le problème. Quand on est arrivé, on a voulu faire un recensement de tous les cybercafés. Mais attention, il faut partir sur des bases juridiques. Qu’est-ce qu’on a comme éléments pour aller vers ces gens-là. On est en train de penser ces éléments juridiques pour exécuter notre politique. Supposons que depuis chez lui, le cybercriminel opère ! peut-on débarquer chez lui comme ça ?
La question vous reste posée ?
G.R : Non, puisqu’on n’a aucun élément juridique à partir duquel on peut mener une procédure.
A quand l’adoption des textes relatifs à la cybercriminalité ?
G.R : Le cabinet ministériel est en train de suivre le dossier. Il y a une commission qui est chargée de suivre ces textes. Ils vont proposer bientôt aux députés ces textes pour leur adoption.
Y a-t-il des dispositions concernant les mineurs qui sont dans les cybercafés ?
G.R : A la préfecture de la police, il y a une brigade des mineurs chargée de les gérer. De toutes les façons, les textes en cours d’élaboration évoquent tous ces problèmes. On ne va rien inventer, mais adapter les textes à la situation de notre pays.
Qu’en est-il de la protection du cyberespace ?
G.R : C’est possible de protéger le cyber espace ivoirien. Mais c’est une question technique. Il suffit que la volonté politique existe pour le faire. Et cette volonté existe puisqu’on a créé une structure à cet effet. Vous savez, au Cameroun et au Nigeria, il y a des structures de ce genre qui ont été mises en place. C’est pourquoi, les cybercriminels préfèrent venir ici. Là-bas, on peut les coincer à tout moment. Ici, c’est maintenant qu’on tente de le faire.
Faut-il croire en votre combat quand on sait qu’il y a certains des vôtres qui sont prompts à protéger les criminels ?
G.R : Il y a toujours des policiers qui sont véreux. Ce n’est pas seulement au niveau de la cybercriminalité. Il y a des policiers qui sont en complicité avec les malfrats. Il y a d’autres qui donnent leurs armes aux bandits pour commettre des vols. Ils ne sont pas nombreux d’ailleurs. Dès que notre structure sera en place, nous allons remédier à ce fléau. On a des jeunes gens dynamiques qui sont capables d’assainir le milieu, en faisant correctement le travail. Il ne faut donc pas compter sur deux ou trois policiers qui ne sont là que pour faire du chantage aux gens. Partout c’est comme ça et ce sont des choses qui vont toujours exister. Dommage, mais l’homme est comme ça.
« DES POLICIERS DONNENT LEURS ARMES AUX BANDITS... »
Y a-t-il une formation pour la cellule chargée de traquer les cybercriminels
G.R : Tout à fait. Nous enverrons des jeunes gens à l’extérieur pour une bonne formation. Vous verrez, quand ils seront là, nous allons procéder à la traque des malfrats. A toute fin utile, j’aimerais relever que des pays nous offrent des stages. Il y a par exemple la Turquie, le Maroc etc..
Combien seront-ils sur le terrain ?
G.R : Cela dépend de la structure, du matériel qu’on va avoir. Ce qui est sûr, même si on a eu deux agents formés, ils peuvent être efficaces
Avec les difficultés financières toujours invoquées au niveau du gouvernement, ce préalable ne va-t-il pas retarder votre mission ?
G.R : Dieu merci, on a des partenaires qui veulent nous aider. Ce matin (ndlr l’interview a été réalisée le lundi 19 mai dernier), je viens de signer sous le couvert du Directeur général, un projet d’accord pour équiper la police scientifique avec le GTZ, une structure allemande. On a travaillé pendant une semaine. Ils nous demandent certaines conditionnalités, on va les remplir et puis on aura du matériel.
Comment comptez-vous travailler sur le terrain ?
G.R : Dans un premier temps, c’est la zone d’Abidjan que nous allons couvrir. C’est là qu’il y a plus de malfrats. Quand on dénombre les cybercafés, il y en a plus à Abidjan. On connaît des gens qui sont couchés dans leur domicile qui contient un cybercafé. C’est tous ceux-là qu’on va traquer
Allez-vous arrêter les cybercriminels, à l’instar de la police criminelle ?
Notre rôle, c’est de fournir des preuves à la police économique ou criminelle. Dès que c’est fait, l’affaire suit la procédure normale. Avec les preuves palpables, il ne fait l’ombre d’aucun doute que les malfrats seront condamnés par la justice.
Avez-vous déjà des pistes pour détecter les cybercriminels ?
G.R : Il nous sera difficile de vous donner ces informations. Je rappelle que nous sommes une nouvelle structure et nous sommes en train de mettre en place des stratégies. Pour l’instant, compte tenu du manque de matériel, nous ne pouvons rien affirmer. Mais tout compte fait, on ne va rien inventer.
Beaucoup de plaintes sont déposées contre la Côte d’Ivoire. Comment y répondez-vous ?
G.R : Je vous renvoie à la police économique. C’est eux qui ont reçu les premières plaintes. Nous sommes une structure scientifique, technique. Ils font leurs enquêtes et envoient leurs éléments et nous on leur fournit des preuves.
Au regard de ce que vous dites, pouvons nous savoir les limites entre vos services et la police économique ?
G.R : Je vais expliquer en détail le rôle de chaque service. Vous portez plainte à la police économique. Ils instruisent le dossier qu’ils nous font ensuite parvenir, parce qu’ils butent là-dessus. Ils nous montrent les éléments qu’ils ont pu réunir et cherchent à savoir si ces éléments vont avec ce que nous faisons comme enquête. Ensuite nous rentrons au laboratoire pour en sortir avec des éléments tangibles qu’on leur fournit.
« BIENTOT, DES CAMERAS DANS LES CYBERCAFES »
Le domaine de la cybercriminalité, selon vos explications, est vaste. Dans quel domaine allez-vous précisément intervenir ?
G.R : Nous allons travailler sur tout ce qui touche le domaine informatique. Les portables, les puces etc. Il y a les infractions liées à l’usage du matériel informatique. Aujourd’hui, on parle de cybercriminalité parce qu’il y a l’usage des lignes, de l’ordinateur et de tout ce qui concerne l’informatique. Mais je rappelle que la police scientifique, ce n’est pas seulement l’informatique
Quels sont les autres domaines où vous intervenez ?
G.R : Nous intervenons dans l’audio
Comment ?
G.R : Nous vérifions, à partir d’un enregistrement, l’authenticité d’une voix. Si quelqu’un nous saisit pour savoir si telle voix appartient à untel, à l’aide d’appareils, nous sommes en mesure de faire une confirmation ou une infirmation en faisant une comparaison de voix. Si par exemple, M Tamtampion a menacé une dame au téléphone, nous sommes en mesure de prouver si la voix lui appartient ou pas.
L’enregistrement n’a pourtant jamais constitué une preuve ?
G.R : Ce que nous disons est scientifique. Avec des appareils dotés de systèmes sophistiqués, on peut savoir si cette voix appartient à untel. Sur l’appareil, il y a des courbes, et leur lecture permet de vérifier l’authenticité de la voix. Chacun a son timbre vocal. Aujourd’hui, il y a des gens qui imitent la voix des personnalités. A travers une simple écoute, on ne peut rien déceler et on tombe sous le charme de la voix. Mais avec des appareils, on saura qu’il y a une petite différence
Comment saisir la police scientifique ?
G.R : C’est celui qui se sent lésé qui la saisit. Aujourd’hui, aux Etats unis, dans le cadre du terrorisme, quand Ben Laden envoie des images, il y a des gens qui vérifient l’authenticité des images et du son. En clair, on veut savoir si c’est vrai ou pas. Ça peut être quelqu’un qui se fait passer pour lui.
Revenons à la question de la cybercriminalité. Il y a des hommes qui se font passer pour des femmes pour soutirer de l’argent aux « Blancs ». Sont-ils en infraction ou pas ?
G.R : Il y a effectivement infraction, puisque tu as pris de manière injuste le bien d’autrui, en te faisant passer pour ce que tu n’es pas. Tu trompes et à la fin de cet acte, tu as un gain. Le fait de vouloir d’une femme ne constitue nullement une faute. Mais c’est celui qui se fait passer pour une femme pour tromper qui est en faute, puisqu’à la fin, il y a de l’argent qu’il récolte. Comme on sait qu’il y a des Européens qui aiment les femmes africaines, alors on les attire facilement. Et puis, c’est avec la complicité du gérant du cybercafé puisqu’il assiste, sans rien faire, à la scène. Peut-être que ce dernier dira qu’il n’est pas informé, mais il est complice.
Donc passible d’arrestation ?
G.R : Pourquoi pas ? Il utilise ses locaux pour faire des choses autres que celles qui fondent son existence.
Il y a aussi les agents des guichets des agences de transfert d’argent qui acceptent de payer les cybercriminels, moyennant un pourcentage sur l’argent qu’on leur transfère. Quel sort leur réserve-t-on ?
G.R : Dans ce domaine, seule la police économique est capable de vous donner des réponses. Elle est mieux outillée pour ce travail. En ce qui nous concerne, il n’y a pour le moment aucun texte. Pour ce qui est des transactions financières, la police économique a les éléments à sa disposition pour apprécier. A notre niveau, nous savons que ces choses existent parce que des structures qui ont été grugées en parlent. Nous attendons le matériel pour aider la police économique dans ses enquêtes. Mais le fait remarquable, c’est lorsque le malfrat a fini de pomper le compte et qu’il s’est fondu dans la nature, qu’on nous saisit. Malgré cela, nous avons la possibilité de remonter la filière, à travers le disque dur de l’ordinateur à partir duquel il a travaillé pour l’arrêter. Ce sont des preuves qu’il ne peut contester. Si on ne retrouve pas l’auteur du forfait, le propriétaire des lieux est là. Bref, il y a beaucoup de facteurs qui entrent en ligne de compte. Le responsable du cyber sera dans le collimateur, puisqu’il connaît en général ceux qui sont là. C’est pourquoi, et ça on le fera, il faut que dans un cyber, on installe des caméras pour enregistrer tous ceux qui arrivent par exemple sur un mois et puis on efface.
Que dites-vous du droit à l’intimité des internautes ?
G.R : Il y a des magasins qui contiennent des caméras pour surveiller les personnes qui y entrent ! Le cyber café est une propriété privée et le gérant, libre d’y mettre ou non une caméra G.R : Ce n’est pas nous-mêmes qui allons installer la caméra pour lui. C’est lui même qui l’installera.
Et s’il n’en veut pas ?
G.R : Quand on va organiser le milieu, il y aura un cahier des charges. On leur dira que pour ouvrir un cyber, voilà ce qu’on vous demande. Vous savez, en Turquie, vous avez trois milles caméras dans la ville qui surveillent. Et ça c’est pour l’Etat. Ils sont en collaboration avec des structures privées qui ont leurs caméras de surveillance. Lorsqu’il y a un fait, la police récupère les films et mène ses enquêtes. Les propriétaires privés viendront eux-mêmes demander cela, en Côte d’Ivoire puisque c’est une question de sécurité. Quand j’étais directeur des transmissions, il y a certaines structures qui demandaient à être connectées au PC.
Peut-on évaluer aujourd’hui les dégâts causés par la Cybercriminalité ?
G.R : La direction générale adjointe chargée de la police judiciaire est la structure qui fait les procédures. Par conséquent, la police économique et la police criminelle doivent pouvoir vous donner ces statistiques. A notre niveau, nous fournissons des preuves scientifiques irréfutables. C’est maintenant que nous mettons en place les structures capables de leur donner un coup de pouce à partir des preuves scientifiques. Par exemple, pour quelqu’un qui a pompé un compte à partir d’un ordinateur, quand on est saisi, on peut fournir des preuves en nous référant au disque dur de l’appareil. On ressort toutes les opérations effectuées en face desquelles l’auteur du crime ne peut discuter. Sinon au niveau de la procédure, une structure s’occupe de ça à la police économique. Il n’y a pas longtemps, certaines ambassades ont écrit pour signifier qu’elles ont été victimes des cybercriminels. Il y a même un dossier qui est constitué à cet effet.
Avant de passer à la phase pratique des enquêtes et l’arrestation des cybercriminels, ne sera-t-il pas bon de mener une campagne de sensibilisation à l’endroit de l’opinion publique ?
G.R : Il y a des structures qui vont le faire. Nous sommes techniques. Je pense que si les cybercriminels ont conscience qu’on utilise ces moyens techniques pour les traquer, ils vont non seulement comprendre, mais également, ils mettront fin à leurs activités funestes. Tout compte fait, des structures comme l’ATCI, le ministère de la Communication, des sites etc se chargeront de sensibiliser les populations sur le terrain. Notre rôle, c’est de les amener à cesser cette activité qui n’honore pas la Côte d’Ivoire.
Cybercriminalite : Le DG de la police scientifique avertit : « Nous allons traquer les cybercriminels et leurs complices »
2008-05-21 05:18:46 - L'Inter
Son rôle, fournir des preuves irréfutables, à partir de données scientifiques, aux différents démembrements de la police nationale, notamment à la police économique, criminelle, etc.
En sus, elle sera chargée d’authentifier les voix, les empreintes digitales, les faux cachets et les fausses signatures, bref les faux documents pouvant servir dans le cadre d’une transaction sérieuse. Le directeur général de cette nouvelle unité de police, le commissaire divisionnaire Roger Godrin, donne, dans cette interview, un avant-goût de la traque contre les cybercriminels et leurs complices qu’il entend engager.
M le Directeur, à quoi sert la police scientifique que vous dirigez
Godrin Roger (G.R) : La direction de la police nationale est subdivisée en trois sous-directions générales adjointes. Il y a un directeur général adjoint chargé de la sécurité publique, qui se charge de gérer les commissariats et tous ceux qui sont habillés ; la direction générale adjointe chargée de la police judiciaire qui a sous sa coupole : la direction de la police économique, la direction de la police criminelle, la direction des stupéfiants ; et tous ceux-là ont besoin de supports, de preuves au terme de leurs enquêtes. Et ces preuves leur sont fournies par la direction générale adjointe chargée de la police scientifique que je dirige aujourd’hui.
Que faites-vous dans le domaine de la lutte contre la cybercriminalité ?
G.R : Notre rôle consiste à traquer les cybercriminels, c’est-à-dire tous ceux qui utilisent les systèmes d’information et l’informatique à des fins criminelles. Nous sommes chargés, à travers les moyens mis à notre disposition, de trouver les preuves de leur implication dans tous les faits qui leur seront reprochés.
Peut-on savoir aujourd’hui ce qu’est la cybercriminalité ?
G.R : La cybercriminalité est l’ensemble des crimes commis par des personnes qui utilisent comme support l’outil informatique et l’Internet. On a des crimes dits traditionnels qui se manifestent par des escroqueries à un niveau réduit sur le net ; et des crimes dits modernes qui se manifestent par exemple par l’usage d’une carte magnétique volée pour des achats en ligne. Comme le signifient les experts du domaine, il y a deux aspects dans le domaine de la cybercriminalité. C’est tout ce qui est crime contre les systèmes d’information et toutes sortes de crimes commis par l’utilisation des systèmes d’information. Nous avons la pornographie, les achats en ligne avec des cartes magnétiques volées, des chèques ; c’est l’usage de faux documents à des fins malhonnêtes sur Internet, la propagation des vers informatiques etc.. . Quelles sont les structures chargées, à la police scientifique, de traquer les cybercriminels ? G.R : C’est maintenant que nous les mettons en place. Cela ne saurait tarder et l’opinion sera informée en temps opportun. Vous savez, notre structure est une création récente. Elle existe depuis juillet-août 2007. C’est maintenant que nous sommes en train de mettre en place des structures pour lutter contre la cybercriminalité. Il y a une direction de l’informatique et des traces technologiques. C’est elle qui va mettre en place tout l’arsenal technologique et technique pour appuyer la police économique et la police criminelle.
Pendant ce temps, le mal perdure et les victimes s’accroissent ?
G.R : Il n’est pas encore tard. C’est justement à cause de la gravité de la situation que le gouvernement ivoirien a décidé de prendre le taureau par les cornes. Il y a des pays qui n’ont même pas encore commencé à faire ce qu’on est en train de faire ! Nous déjà, on a créé une structure qui va commencer à travailler.
Comment entendez-vous vous y prendre ?
G.R : C’est difficile de vous le dire. D’abord il faut cerner le problème. Quand on est arrivé, on a voulu faire un recensement de tous les cybercafés. Mais attention, il faut partir sur des bases juridiques. Qu’est-ce qu’on a comme éléments pour aller vers ces gens-là. On est en train de penser ces éléments juridiques pour exécuter notre politique. Supposons que depuis chez lui, le cybercriminel opère ! peut-on débarquer chez lui comme ça ?
La question vous reste posée ?
G.R : Non, puisqu’on n’a aucun élément juridique à partir duquel on peut mener une procédure.
A quand l’adoption des textes relatifs à la cybercriminalité ?
G.R : Le cabinet ministériel est en train de suivre le dossier. Il y a une commission qui est chargée de suivre ces textes. Ils vont proposer bientôt aux députés ces textes pour leur adoption.
Y a-t-il des dispositions concernant les mineurs qui sont dans les cybercafés ?
G.R : A la préfecture de la police, il y a une brigade des mineurs chargée de les gérer. De toutes les façons, les textes en cours d’élaboration évoquent tous ces problèmes. On ne va rien inventer, mais adapter les textes à la situation de notre pays.
Qu’en est-il de la protection du cyberespace ?
G.R : C’est possible de protéger le cyber espace ivoirien. Mais c’est une question technique. Il suffit que la volonté politique existe pour le faire. Et cette volonté existe puisqu’on a créé une structure à cet effet. Vous savez, au Cameroun et au Nigeria, il y a des structures de ce genre qui ont été mises en place. C’est pourquoi, les cybercriminels préfèrent venir ici. Là-bas, on peut les coincer à tout moment. Ici, c’est maintenant qu’on tente de le faire.
Faut-il croire en votre combat quand on sait qu’il y a certains des vôtres qui sont prompts à protéger les criminels ?
G.R : Il y a toujours des policiers qui sont véreux. Ce n’est pas seulement au niveau de la cybercriminalité. Il y a des policiers qui sont en complicité avec les malfrats. Il y a d’autres qui donnent leurs armes aux bandits pour commettre des vols. Ils ne sont pas nombreux d’ailleurs. Dès que notre structure sera en place, nous allons remédier à ce fléau. On a des jeunes gens dynamiques qui sont capables d’assainir le milieu, en faisant correctement le travail. Il ne faut donc pas compter sur deux ou trois policiers qui ne sont là que pour faire du chantage aux gens. Partout c’est comme ça et ce sont des choses qui vont toujours exister. Dommage, mais l’homme est comme ça.
« DES POLICIERS DONNENT LEURS ARMES AUX BANDITS... »
Y a-t-il une formation pour la cellule chargée de traquer les cybercriminels
G.R : Tout à fait. Nous enverrons des jeunes gens à l’extérieur pour une bonne formation. Vous verrez, quand ils seront là, nous allons procéder à la traque des malfrats. A toute fin utile, j’aimerais relever que des pays nous offrent des stages. Il y a par exemple la Turquie, le Maroc etc..
Combien seront-ils sur le terrain ?
G.R : Cela dépend de la structure, du matériel qu’on va avoir. Ce qui est sûr, même si on a eu deux agents formés, ils peuvent être efficaces
Avec les difficultés financières toujours invoquées au niveau du gouvernement, ce préalable ne va-t-il pas retarder votre mission ?
G.R : Dieu merci, on a des partenaires qui veulent nous aider. Ce matin (ndlr l’interview a été réalisée le lundi 19 mai dernier), je viens de signer sous le couvert du Directeur général, un projet d’accord pour équiper la police scientifique avec le GTZ, une structure allemande. On a travaillé pendant une semaine. Ils nous demandent certaines conditionnalités, on va les remplir et puis on aura du matériel.
Comment comptez-vous travailler sur le terrain ?
G.R : Dans un premier temps, c’est la zone d’Abidjan que nous allons couvrir. C’est là qu’il y a plus de malfrats. Quand on dénombre les cybercafés, il y en a plus à Abidjan. On connaît des gens qui sont couchés dans leur domicile qui contient un cybercafé. C’est tous ceux-là qu’on va traquer
Allez-vous arrêter les cybercriminels, à l’instar de la police criminelle ?
Notre rôle, c’est de fournir des preuves à la police économique ou criminelle. Dès que c’est fait, l’affaire suit la procédure normale. Avec les preuves palpables, il ne fait l’ombre d’aucun doute que les malfrats seront condamnés par la justice.
Avez-vous déjà des pistes pour détecter les cybercriminels ?
G.R : Il nous sera difficile de vous donner ces informations. Je rappelle que nous sommes une nouvelle structure et nous sommes en train de mettre en place des stratégies. Pour l’instant, compte tenu du manque de matériel, nous ne pouvons rien affirmer. Mais tout compte fait, on ne va rien inventer.
Beaucoup de plaintes sont déposées contre la Côte d’Ivoire. Comment y répondez-vous ?
G.R : Je vous renvoie à la police économique. C’est eux qui ont reçu les premières plaintes. Nous sommes une structure scientifique, technique. Ils font leurs enquêtes et envoient leurs éléments et nous on leur fournit des preuves.
Au regard de ce que vous dites, pouvons nous savoir les limites entre vos services et la police économique ?
G.R : Je vais expliquer en détail le rôle de chaque service. Vous portez plainte à la police économique. Ils instruisent le dossier qu’ils nous font ensuite parvenir, parce qu’ils butent là-dessus. Ils nous montrent les éléments qu’ils ont pu réunir et cherchent à savoir si ces éléments vont avec ce que nous faisons comme enquête. Ensuite nous rentrons au laboratoire pour en sortir avec des éléments tangibles qu’on leur fournit.
« BIENTOT, DES CAMERAS DANS LES CYBERCAFES »
Le domaine de la cybercriminalité, selon vos explications, est vaste. Dans quel domaine allez-vous précisément intervenir ?
G.R : Nous allons travailler sur tout ce qui touche le domaine informatique. Les portables, les puces etc. Il y a les infractions liées à l’usage du matériel informatique. Aujourd’hui, on parle de cybercriminalité parce qu’il y a l’usage des lignes, de l’ordinateur et de tout ce qui concerne l’informatique. Mais je rappelle que la police scientifique, ce n’est pas seulement l’informatique
Quels sont les autres domaines où vous intervenez ?
G.R : Nous intervenons dans l’audio
Comment ?
G.R : Nous vérifions, à partir d’un enregistrement, l’authenticité d’une voix. Si quelqu’un nous saisit pour savoir si telle voix appartient à untel, à l’aide d’appareils, nous sommes en mesure de faire une confirmation ou une infirmation en faisant une comparaison de voix. Si par exemple, M Tamtampion a menacé une dame au téléphone, nous sommes en mesure de prouver si la voix lui appartient ou pas.
L’enregistrement n’a pourtant jamais constitué une preuve ?
G.R : Ce que nous disons est scientifique. Avec des appareils dotés de systèmes sophistiqués, on peut savoir si cette voix appartient à untel. Sur l’appareil, il y a des courbes, et leur lecture permet de vérifier l’authenticité de la voix. Chacun a son timbre vocal. Aujourd’hui, il y a des gens qui imitent la voix des personnalités. A travers une simple écoute, on ne peut rien déceler et on tombe sous le charme de la voix. Mais avec des appareils, on saura qu’il y a une petite différence
Comment saisir la police scientifique ?
G.R : C’est celui qui se sent lésé qui la saisit. Aujourd’hui, aux Etats unis, dans le cadre du terrorisme, quand Ben Laden envoie des images, il y a des gens qui vérifient l’authenticité des images et du son. En clair, on veut savoir si c’est vrai ou pas. Ça peut être quelqu’un qui se fait passer pour lui.
Revenons à la question de la cybercriminalité. Il y a des hommes qui se font passer pour des femmes pour soutirer de l’argent aux « Blancs ». Sont-ils en infraction ou pas ?
G.R : Il y a effectivement infraction, puisque tu as pris de manière injuste le bien d’autrui, en te faisant passer pour ce que tu n’es pas. Tu trompes et à la fin de cet acte, tu as un gain. Le fait de vouloir d’une femme ne constitue nullement une faute. Mais c’est celui qui se fait passer pour une femme pour tromper qui est en faute, puisqu’à la fin, il y a de l’argent qu’il récolte. Comme on sait qu’il y a des Européens qui aiment les femmes africaines, alors on les attire facilement. Et puis, c’est avec la complicité du gérant du cybercafé puisqu’il assiste, sans rien faire, à la scène. Peut-être que ce dernier dira qu’il n’est pas informé, mais il est complice.
Donc passible d’arrestation ?
G.R : Pourquoi pas ? Il utilise ses locaux pour faire des choses autres que celles qui fondent son existence.
Il y a aussi les agents des guichets des agences de transfert d’argent qui acceptent de payer les cybercriminels, moyennant un pourcentage sur l’argent qu’on leur transfère. Quel sort leur réserve-t-on ?
G.R : Dans ce domaine, seule la police économique est capable de vous donner des réponses. Elle est mieux outillée pour ce travail. En ce qui nous concerne, il n’y a pour le moment aucun texte. Pour ce qui est des transactions financières, la police économique a les éléments à sa disposition pour apprécier. A notre niveau, nous savons que ces choses existent parce que des structures qui ont été grugées en parlent. Nous attendons le matériel pour aider la police économique dans ses enquêtes. Mais le fait remarquable, c’est lorsque le malfrat a fini de pomper le compte et qu’il s’est fondu dans la nature, qu’on nous saisit. Malgré cela, nous avons la possibilité de remonter la filière, à travers le disque dur de l’ordinateur à partir duquel il a travaillé pour l’arrêter. Ce sont des preuves qu’il ne peut contester. Si on ne retrouve pas l’auteur du forfait, le propriétaire des lieux est là. Bref, il y a beaucoup de facteurs qui entrent en ligne de compte. Le responsable du cyber sera dans le collimateur, puisqu’il connaît en général ceux qui sont là. C’est pourquoi, et ça on le fera, il faut que dans un cyber, on installe des caméras pour enregistrer tous ceux qui arrivent par exemple sur un mois et puis on efface.
Que dites-vous du droit à l’intimité des internautes ?
G.R : Il y a des magasins qui contiennent des caméras pour surveiller les personnes qui y entrent ! Le cyber café est une propriété privée et le gérant, libre d’y mettre ou non une caméra G.R : Ce n’est pas nous-mêmes qui allons installer la caméra pour lui. C’est lui même qui l’installera.
Et s’il n’en veut pas ?
G.R : Quand on va organiser le milieu, il y aura un cahier des charges. On leur dira que pour ouvrir un cyber, voilà ce qu’on vous demande. Vous savez, en Turquie, vous avez trois milles caméras dans la ville qui surveillent. Et ça c’est pour l’Etat. Ils sont en collaboration avec des structures privées qui ont leurs caméras de surveillance. Lorsqu’il y a un fait, la police récupère les films et mène ses enquêtes. Les propriétaires privés viendront eux-mêmes demander cela, en Côte d’Ivoire puisque c’est une question de sécurité. Quand j’étais directeur des transmissions, il y a certaines structures qui demandaient à être connectées au PC.
Peut-on évaluer aujourd’hui les dégâts causés par la Cybercriminalité ?
G.R : La direction générale adjointe chargée de la police judiciaire est la structure qui fait les procédures. Par conséquent, la police économique et la police criminelle doivent pouvoir vous donner ces statistiques. A notre niveau, nous fournissons des preuves scientifiques irréfutables. C’est maintenant que nous mettons en place les structures capables de leur donner un coup de pouce à partir des preuves scientifiques. Par exemple, pour quelqu’un qui a pompé un compte à partir d’un ordinateur, quand on est saisi, on peut fournir des preuves en nous référant au disque dur de l’appareil. On ressort toutes les opérations effectuées en face desquelles l’auteur du crime ne peut discuter. Sinon au niveau de la procédure, une structure s’occupe de ça à la police économique. Il n’y a pas longtemps, certaines ambassades ont écrit pour signifier qu’elles ont été victimes des cybercriminels. Il y a même un dossier qui est constitué à cet effet.
Avant de passer à la phase pratique des enquêtes et l’arrestation des cybercriminels, ne sera-t-il pas bon de mener une campagne de sensibilisation à l’endroit de l’opinion publique ?
G.R : Il y a des structures qui vont le faire. Nous sommes techniques. Je pense que si les cybercriminels ont conscience qu’on utilise ces moyens techniques pour les traquer, ils vont non seulement comprendre, mais également, ils mettront fin à leurs activités funestes. Tout compte fait, des structures comme l’ATCI, le ministère de la Communication, des sites etc se chargeront de sensibiliser les populations sur le terrain. Notre rôle, c’est de les amener à cesser cette activité qui n’honore pas la Côte d’Ivoire.